Glossolalie est une plongée sonore et visuelle dans plus de 40 langues (tahitien, hñañhu, arawak, gaulois, saramaka, iaai, bislama, croate, tamoul, totonaku, maya, oudmourte, malaisien, etc.). C’est une expérience de perception de la nature profondément vibratoire, sonore et musicale du langage. Dans ce temps immersif, la voix de l’auteur nous emmène dans un voyage sensible où le son est un mode d’accès au sens.
Cette performance est une des formes du projet glossolalie, commencé en 2012, et qui a pour objet une constellation de pièces plurilingues et transmédiatiques (installations, dessins, livres, pièces sonores, vidéos, archives, ateliers de création de langues, application pour smartphones et tablettes…)
Cette œuvre-récit s’invente langue après langue, et doit son existence même dans ce passage d’une langue à une autre. Elle n’existe que parce qu’elle crée un espace d’écriture qui est aussi un seuil : celui où se rejoignent et la nature propre de chaque langue et celle de l’auteur au moment où il écrit.
S’agglomèrent ainsi dans glossolalie des temps d’avant le temps, des récits qui semblent contemporains des mythes, d’autres relatifs à des époques historiques — sans jamais s’appuyer, cependant, sur des faits réels reconnaissables. Il y aurait ainsi dans chaque fragment en langue quelque chose de familier, qui évoquerait des invariants de l’histoire humaine, plutôt que des faits attestés — choix ancré d’ailleurs dans la conviction que le fait historique est souvent (toujours ?) rédigé dans la langue des vainqueurs, et qu’il y a donc tout lieu de le questionner... glossolalie s’ancre ainsi dans une perspective résolument décoloniale.
Glossolalie entend faire exister ensemble des différences, des altérités et construire un objet multiple des unes aux autres. Penser et représenter les langues non plus comme des frontières, mais comme ce qui relie.
à ce jour, plus de 110 poèmes — dont certains encore inédits — ont été écrits dans ces différentes langues :
obdorsk khanty, vakh khanty (Sibérie), ingush, tchétchène, batsbi, mansi du Nord, acholi, bandjalang, amarakaeri, aceh, cia-cia, zuanga, ket, burushaski (Pakistan), frison, bushinengee (Guyane), bambara (Afrique de l’ouest), arawak (Guyane), oudmourte (Oural), diné bizaad (navajo, Etats-Unis), mitchif (Québec), karakalpak (sud de la mer d’Aral), purepucha (Mexique), kartuli ena (géorgien), same (laponie), qikiktaaluq du sud (Canada), wolof (Afrique de l’ouest), arménien, japonais, hongrois, islandais, lingala (République du Congo), bulu (Cameroun), kwàkum (Cameroun), tahitien, indo-européen, chakhar (Mongolie), bijogo de Bubaque (archipel des Bijagos), turc, tagalog (Philippines), ombrien, dogon de Sanga (Mali), vili, ese’eja, achuar (Amazonie), hñäñho (Mexique), agni indenie (Côte d’Ivoire), rapa nui (Île de Pâques, gbe (Côte du Golfe du Bénin), tzeltal (Mexique), shimaoré (Comorres), manjak, pohnpei (Micronésie), amharique (Ethiopie), hwen iaai (langue kanak), dhaagung-wurrung (région de Melbourne), bislama (Vanuatu), mapuzungun (Chili), maltais, arop-lokep (Papouasie), mussau, tobati, sobei (Océanie), khowar (Pakistan), Shior (Sibérie), adyguéen (Adyguée), croate, tamoul ( Inde du Sud-Est), malais (Malaisie), malaisien, vietnamien, manadonais ( Sulawesi), sqip (albanais), saramaka (langue du marronnage en Guyane et au Suriname), maya, ngigua, totonaku, matlatzinca (langues du Mexique), neve’i (Vanuatu)…