Le livre
Avec le projet Kaddish des mouches, Olivia Tapiero, écrivaine juive et arabe née sur le territoire non cédé de Tiohtià:ke (Montréal), se penche sur la manière dont le fascisme affecte le langage, lui coupe son souffle. En puisant des syntaxes dans les discours politiques contemporains et passés, ainsi que dans des études entomologiques datant du XIXe siècle (époque où le racisme scientifique se coagule), elle rédige une prière pour les morts en même temps qu’une méditation sur le fait d’en être témoin. Kaddish des mouches est aussi un monologue incantatoire, dont la syntaxe se brise pour devenir rythme et mouvement sonore, la musicalité étant elle-même l’« insecte » de la littérature, ramenant le sens au son, donnant matière à la raison tout en menaçant ses contours.
Performance
Kaddish des mouches est une prière : une parole qui, comme les yeux témoins des massacres, alterne entre le monde des morts et celui des vivants. Sa langue abîmée et incantatoire naît d’une perspective juive antisioniste, qui s’articule contre les colonies de peuplement, les génocides commis au nom du Lieu. Le texte se déplie là où le langage s’arrête, à force de vies coupées et de détournements totalitaires du sens. En se scindant, en butant sur ses propres consonnes, sa voix embrasse une violence de tous temps, étreint les mort·e·s passé·e·s et à venir.


